Analyse

La sécheresse est le seul risque naturel qui monte — et 5 945 communes viennent de le découvrir

245 853 reconnaissances de catastrophe naturelle depuis 1982, dans 34 597 communes sur 34 875. Le total national ne dit rien : trois années en font 43,5 %. Un seul aléa progresse vraiment, et c'est celui qui fissure les maisons.

L'essentiel

Communes reconnues pour sécheresse 14 194 soit 40,7 % des communes
Habitants concernés 61,6 % 42 098 716 personnes
Première fois depuis 2015 5 945 communes sans antécédent
L'année 2022 6 894 communes en une seule année

Une question qu'on se pose devant une fissure

Une fente en escalier au-dessus d'une fenêtre, une porte qui ne ferme plus, un carrelage qui claque. Le sol argileux d'un terrain gonfle quand il pleut et se rétracte quand il sèche ; les fondations suivent, et le mur se fend. C'est le premier poste d'indemnisation du régime des catastrophes naturelles, et c'est le seul dommage de cette liste qui arrive à une maison ordinaire, loin de toute rivière.

La question que se pose alors un propriétaire, ou quelqu'un qui visite une maison, est simple : est-ce déjà arrivé ici, et est-ce en train de devenir courant ? La réponse existe, elle est publique, et elle est presque impossible à lire.

Pourquoi le compte national ne veut rien dire

L'État publie chaque jour la liste complète des reconnaissances de catastrophe naturelle depuis 1982 : 247 140 lignes, 34 597 communes. Le premier réflexe est d'en tirer une courbe par année. C'est un piège, et il se referme trois fois.

34 597 des 34 875 communes françaises ont été reconnues au moins une fois. Le fait d'avoir été reconnu ne distingue donc personne.

Le régime naît en 1982, et ses premiers arrêtés rattrapent un arriéré : 32 896 reconnaissances pour la seule année 1982, 15 940 pour 1983. Ces deux années décrivent la mise en route d'un dispositif, pas la météo.

Décembre 1999, les tempêtes Lothar et Martin traversent le pays : 57 908 reconnaissances en une fois, soit 23,6 % de quarante-trois ans. Un seul épisode, qui écrase toute série où on le laisse.

Et la tempête quitte le régime. Le tableau ci-dessous se lit d'abord dans sa dernière colonne : aucun arrêté « Tempête » après 1989. Ce n'est pas la météo qui s'est calmée, c'est le périmètre du dispositif qui a changé. Additionner les aléas revient donc à additionner des définitions qui ne se recouvrent pas d'une époque à l'autre.

Aléa, au libellé du Journal officielReconnaissancesCommunesPériode
Inondations et/ou Coulées de Boue 138 427 34 578 1982–2025
Sécheresse 43 141 14 222 1988–2023
Mouvement de Terrain 31 703 27 437 1983–2025
Tempête 16 024 14 915 1982–1989
Chocs Mécaniques liés à l'action des Vagues 6 719 4 309 1989–2024
Glissement de Terrain 3 181 2 699 1982–2000
Poids de la Neige 2 758 2 758 1982–1992
Inondations Remontée Nappe 1 367 1 152 1988–2025

Les huit aléas les plus fréquents. Une reconnaissance est un couple commune × arrêté : un seul décret en produit des milliers.

La sécheresse, seule à monter

Une fois les deux artefacts mis de côté et les aléas séparés, il ne reste qu'une série qui progresse. La voici, année par année, depuis la première sécheresse reconnue.

1990199520002005201020152020
Reconnaissances de catastrophe naturelle sécheresse par année. Les hauteurs se comparent à l'année la plus fournie. La série s'arrête en 2023 : le fichier publié le 2026-08-19 ne porte encore aucun arrêté sécheresse pour les années suivantes, dont les demandes sont en cours d'instruction. L'absence de barre n'est pas un zéro.

Le relief est fait d'épisodes, pas d'une pente régulière : 1989, 2003, puis une succession serrée à partir de 2016. Ce sont des étés, et un été sec produit une vague d'arrêtés l'année suivante. Ce qui a changé n'est pas la forme d'un épisode, c'est leur fréquence.

DécennieAnnées comptéesReconnaissancesPar an
1980 2 3 815 1 908
1990 10 5 973 597
2000 10 8 554 855
2010 10 13 522 1 352
2020 4 11 277 2 819

La colonne « années comptées » n'est pas décorative : la décennie en cours n'en a que 4, et son total ne se compare donc qu'au rythme annuel des autres.

La comparaison qui tranche demande deux périodes de même longueur. Sur les sept années 2010–2016 puis sur les sept suivantes, 2017–2023, la sécheresse passe de 4 283 à 20 516 reconnaissances, soit 4,8 fois plus. Les inondations, de loin le premier aléa du régime, passent de 11 755 à 11 994 : elles ne bougent pas. C'est le seul aléa dont le rythme augmente.

Le rythme annuel passe de 597 reconnaissances dans les années 1990 à 2 819 depuis 2020 — près de cinq fois plus. Les quatre années déjà instruites de la décennie en cours totalisent 11 277 reconnaissances, soit davantage que n'importe quelle décennie complète antérieure à 2010.

Ce n'est pas la météo, c'est l'argile

Une sécheresse ne fissure pas n'importe quel sol. Elle fissure les sols argileux, qui changent de volume avec leur teneur en eau. L'État publie déjà, commune par commune, un aléa retrait-gonflement des argiles établi à partir de la carte géologique — et cet aléa est prédictif, alors que la liste des arrêtés est rétrospective.

Nous avons croisé les deux. Pour chaque niveau d'aléa, la part des communes effectivement reconnues au moins une fois depuis 1982 :

aléa faible 3,1 % 88 communes reconnues sur 2 798
aléa modéré 19,6 % 2 859 communes reconnues sur 14 616
aléa important 65,8 % 11 187 communes reconnues sur 16 999

L'écart est de un à vingt entre les deux extrêmes. C'est une vérification, pas une découverte : la géologie explique bien ce que l'assurance constate. Mais elle a une conséquence pratique, et c'est le seul conseil que cet article se permet — une commune à aléa important qui n'a encore jamais été reconnue n'est pas une commune sans argile. Elle est une commune qui n'a pas encore connu l'été qui déclenche.

5 945 communes l'ont découvert depuis 2015

C'est le point que ni une consultation commune par commune, ni un total national ne peuvent montrer, et c'est celui pour lequel cet article existe. 5 945 communes, soit 10 855 386 habitants, ont connu leur première reconnaissance sécheresse depuis 2015. Avant cela, le risque n'était pas dans la mémoire des lieux : ni dans celle des habitants, ni dans celle des artisans, ni dans les conversations de vente.

CommuneHabitantsPremière foisReconnaissances depuis
Saint-Étienne (42) 173 136 2019 3
Le Havre (76) 166 687 2022 1
Grenoble (38) 156 140 2022 1
Annecy (74) 132 117 2018 2
Limoges (87) 129 937 2018 4
Perpignan (66) 121 616 2022 2
Mulhouse (68) 104 978 2017 1
Avignon (84) 92 188 2018 5
Béziers (34) 81 545 2016 5
Pau (64) 80 441 2022 1
Valence (26) 64 458 2020 3
La Seyne-sur-Mer (83) 63 732 2017 5
Chambéry (73) 59 964 2022 1
Hyères (83) 55 858 2016 6
Belfort (90) 45 912 2018 3
Charleville-Mézières (08) 45 560 2018 3
Istres (13) 44 292 2016 3
Salon-de-Provence (13) 44 194 2019 2
Caluire-et-Cuire (69) 43 597 2020 1
Valenciennes (59) 43 468 2017 2
Bron (69) 42 982 2020 1
Bourg-en-Bresse (01) 42 372 2018 4
Le Cannet (06) 41 938 2022 1
Poissy (78) 40 983 2022 1
Montélimar (26) 40 595 2017 2

Les vingt-cinq plus peuplées, parmi les communes de plus de deux mille habitants. Le seuil ne cache rien : les plus petites restent dans les totaux et dans la carte.

Où c'est courant, où ça ne l'est pas

Ain : 44.8 % des communes01Aisne : 11.2 % des communes02Allier : 84.5 % des communes03Alpes-de-Haute-Provence : 48.5 % des communes04Hautes-Alpes : 11.1 % des communes05Alpes-Maritimes : 52.1 % des communes06Ardèche : 37.0 % des communes07Ardennes : 13.9 % des communes08Ariège : 32.3 % des communes09Aube : 25.3 % des communes10Aude : 67.7 % des communes11Aveyron : 25.3 % des communes12Bouches-du-Rhône : 78.2 % des communes13Calvados : 10.8 % des communes14Cantal : 8.8 % des communes15Charente : 51.3 % des communes16Charente-Maritime : 73.6 % des communes17Cher : 87.8 % des communes18Corrèze : 29.6 % des communes19Côte-d'Or : 43.4 % des communes21Côtes-d'Armor : 0.6 % des communes22Creuse : 12.5 % des communes23Dordogne : 87.7 % des communes24Doubs : 33.9 % des communes25Drôme : 41.4 % des communes26Eure : 11.5 % des communes27Eure-et-Loir : 26.4 % des communes28Finistère : 2.5 % des communes29Corse-du-Sud : 0.8 % des communes2AHaute-Corse : 1.3 % des communes2BGard : 68.9 % des communes30Haute-Garonne : 87.0 % des communes31Gers : 99.1 % des communes32Gironde : 86.1 % des communes33Hérault : 61.9 % des communes34Ille-et-Vilaine : 7.2 % des communes35Indre : 90.5 % des communes36Indre-et-Loire : 74.6 % des communes37Isère : 15.6 % des communes38Jura : 60.4 % des communes39Landes : 47.4 % des communes40Loir-et-Cher : 65.5 % des communes41Loire : 32.8 % des communes42Haute-Loire : 26.5 % des communes43Loire-Atlantique : 27.5 % des communes44Loiret : 79.4 % des communes45Lot : 50.0 % des communes46Lot-et-Garonne : 96.9 % des communes47Lozère : 4.6 % des communes48Maine-et-Loire : 62.5 % des communes49Manche : 3.1 % des communes50Marne : 13.1 % des communes51Haute-Marne : 30.8 % des communes52Mayenne : 3.3 % des communes53Meurthe-et-Moselle : 62.4 % des communes54Meuse : 24.6 % des communes55Morbihan : 6.0 % des communes56Moselle : 66.1 % des communes57Nièvre : 82.5 % des communes58Nord : 46.7 % des communes59Oise : 10.4 % des communes60Orne : 13.4 % des communes61Pas-de-Calais : 23.1 % des communes62Puy-de-Dôme : 42.1 % des communes63Pyrénées-Atlantiques : 31.6 % des communes64Hautes-Pyrénées : 29.4 % des communes65Pyrénées-Orientales : 18.6 % des communes66Bas-Rhin : 19.3 % des communes67Haut-Rhin : 5.7 % des communes68Rhône : 42.1 % des communes69Haute-Saône : 38.6 % des communes70Saône-et-Loire : 74.4 % des communes71Sarthe : 54.0 % des communes72Savoie : 12.1 % des communes73Haute-Savoie : 22.2 % des communes74Paris : 100.0 % des communes75Seine-Maritime : 3.5 % des communes76Seine-et-Marne : 45.4 % des communes77Yvelines : 68.7 % des communes78Deux-Sèvres : 74.2 % des communes79Somme : 2.6 % des communes80Tarn : 84.1 % des communes81Tarn-et-Garonne : 97.9 % des communes82Var : 86.9 % des communes83Vaucluse : 92.1 % des communes84Vendée : 68.0 % des communes85Vienne : 84.9 % des communes86Haute-Vienne : 15.9 % des communes87Vosges : 27.5 % des communes88Yonne : 53.9 % des communes89Territoire de Belfort : 51.5 % des communes90Essonne : 55.7 % des communes91Hauts-de-Seine : 61.1 % des communes92Seine-Saint-Denis : 82.1 % des communes93Val-de-Marne : 83.0 % des communes94Val-d'Oise : 37.7 % des communes95Guadeloupe : 0.0 % des communesGuadeloupeMartinique : 0.0 % des communesMartiniqueGuyane : 0.0 % des communesGuyaneLa Réunion : 0.0 % des communesLa RéunionMayotte : 0.0 % des communesMayotte

rare — moins de 10 % (18 dép.) ponctuelle — moins de 35 % (30 dép.) fréquente — moins de 70 % (30 dép.) généralisée — plus de 70 % (23 dép.)

Part des communes du département reconnues au moins une fois pour la sécheresse. Une carte du nombre de communes reconnues serait d'abord une carte du nombre de communes : le découpage est bien plus fin dans le Nord qu'en Corse. La part se compare, le nombre non. Cliquez un département pour descendre à ses communes.

Là où c'est la règle

  1. Paris 100 % 1 / 1
  2. Gers 99,1 % 454 / 458
  3. Tarn-et-Garonne 97,9 % 191 / 195
  4. Lot-et-Garonne 96,9 % 309 / 319
  5. Vaucluse 92,1 % 139 / 151
  6. Indre 90,5 % 218 / 241
  7. Cher 87,8 % 251 / 286
  8. Dordogne 87,7 % 441 / 503
  9. Haute-Garonne 87 % 510 / 586
  10. Var 86,9 % 133 / 153

Là où c'est l'exception

  1. Côtes-d'Armor 0,6 % 2 / 344
  2. Corse-du-Sud 0,8 % 1 / 124
  3. Haute-Corse 1,3 % 3 / 236
  4. Finistère 2,5 % 7 / 277
  5. Somme 2,6 % 20 / 771
  6. Manche 3,1 % 14 / 445
  7. Mayenne 3,3 % 8 / 240
  8. Seine-Maritime 3,5 % 25 / 707
  9. Lozère 4,6 % 7 / 152
  10. Haut-Rhin 5,7 % 21 / 366

À droite, seuls les départements d'au moins cent communes : un département qui en compte trois ne mérite pas un pourcentage dans un classement.

La géographie recoupe celle des bassins sédimentaires : Garonne, Aquitaine, Bassin parisien, couloir rhodanien. À l'inverse, les massifs cristallins — Bretagne, Massif central, Vosges — et les départements d'outre-mer sont quasiment absents.

Une fois, ou dix-neuf

La moitié des communes reconnues le sont 2 fois ou moins ; 363 le sont dix fois ou davantage, et l'une d'elles 19 fois. Pour ces dernières, la sécheresse n'est pas un accident : c'est une condition du terrain.

CommuneHabitantsReconnaissancesDeà
Toulouse (31) 514 819 19 1989 2022
Montauban (82) 62 945 19 1989 2022
Muret (31) 26 079 18 1989 2023
Mérignac (33) 78 090 17 1989 2022
Moissac (82) 13 419 17 1989 2022
Bordeaux (33) 267 991 16 1989 2022
Castres (81) 42 505 16 1989 2023
Tournefeuille (31) 30 168 16 1992 2023
Manosque (04) 22 718 16 1989 2023
Plaisance-du-Touch (31) 21 079 16 1989 2023
Pechbonnieu (31) 4 922 16 1989 2023
Castelmaurou (31) 4 524 16 1989 2022
Saint-Loup-Cammas (31) 2 334 16 1989 2017
Marseille (13) 886 040 15 1989 2023
Pessac (33) 67 339 15 1989 2022
Albi (81) 51 290 15 1989 2023
Villenave-d'Ornon (33) 42 545 15 1989 2022
Lormont (33) 25 769 15 1990 2022
Auch (32) 22 428 15 1989 2022
Gaillac (81) 16 162 15 1989 2022
Saint-Orens-de-Gameville (31) 14 646 15 1989 2022
Thouars (79) 13 891 15 1989 2022
Escalquens (31) 6 924 15 1989 2022
Caussade (82) 6 803 15 1989 2017
Mimet (13) 4 241 15 1989 2023
Montpellier (34) 310 240 14 1989 2023
Aix-en-Provence (13) 149 695 14 1989 2023
Montluçon (03) 33 147 14 1989 2023
Castelsarrasin (82) 14 343 14 1989 2022
L'Union (31) 12 638 14 1989 2022

Ce que ça change chez vous

Deux informations différentes, et il faut les deux. L'historique — les arrêtés déjà pris sur la commune — dit ce qui est arrivé. L'aléa argile dit ce qui peut arriver, y compris là où rien n'est encore arrivé. Les 5 945 communes entrées dans la liste depuis 2015 avaient toutes un aléa avant d'avoir un arrêté.

Les deux sont sur la page de votre commune, à côté du reste de ce que les données publiques en disent. L'aléa y est donné à la maille de la commune ; pour une adresse précise, c'est Géorisques qui fait référence, et l'état des risques remis lors d'une vente ou d'une location est le document opposable.

Ce que la donnée ne dit pas

Une reconnaissance n'est pas un sinistre. C'est un acte administratif qui ouvre la garantie d'assurance sur une commune et une période. Elle ne dit pas combien de maisons ont été touchées, ni à quel point. Une commune reconnue peut n'avoir vu que quelques dossiers.

Et une absence de reconnaissance n'est pas une absence de dégâts. La procédure part d'une demande de la mairie. Une commune qui ne demande pas n'est pas reconnue, quels que soient ses sinistres — la liste mesure donc aussi, en partie, la manière dont les mairies s'y prennent.

Les critères ont changé. L'instruction des demandes sécheresse repose sur des seuils météorologiques qui ont été révisés plusieurs fois. Une partie de la progression peut venir de là, et notre fichier ne permet pas de faire la part des choses : il porte des décisions, pas les dossiers qui les fondent.

Les dernières années manquent. Le fichier publié le 2026-08-19 ne contient aucun arrêté sécheresse postérieur à 2023, alors qu'il porte d'autres aléas jusqu'en 2025. Les demandes récentes sont en cours d'instruction. Il ne faut donc lire aucune baisse en fin de série.

Comment lire un arrêté

Comment c'est calculé

Cette page décrit des décisions administratives passées ; elle ne dit pas si un bâtiment est endommagé, ni ce qu'un contrat d'assurance couvre. L'état des risques réglementaire et les données à l'adresse font foi, et c'est votre mairie ou Géorisques qui les délivre.